L'Histoire de Wattwiller

« Village, ou petite ville, au pied des Vosges, sur le penchant d'un coteau, vis à vis et à une lieue des montagnes de la Vallée de Saint-Amarin... Les eaux sont à 400 pas ouest du village » c'est en ces termes qu'est présenté «Watt.weiler» peu avant 1789.

Si des découvertes archéologiques fortuites effectuées aux XIXè et XXè siècle attestent d'une occupation romaine locale dès le 1e siècle de notre ère, il faut attendre 735-736 pour trouver la première mention du nom de la commune. En effet, le comte Eberhard, frère du duc d'Alsace, vient de fonder l'abbaye bénédictine de Murbach sur ses terres de la vallée de la Lauch, au pied du Grand Ballon .Selon l'usage, il l'a richement dotée ; y figurent notamment les vignes et l'église de « Wattonevillare ». Désormais l'histoire du hameau et des terres de l'ancien chef franc «Watto » est liée pour un millénaire à celle d'une des plus illustres abbayes de la haute vallée Rhénane.

C'est aux Hohenstaufen que les fiers abbés doivent le titre convoité de Princes du St Empire Germanique dès le début du XIIIè siècle. En 1259, ils récupèrent le fief de Wattwiller. Dans cette période troublée du Grand Interrègne (1250-1273), les abbés, soucieux de protéger leur principauté, entreprennent à grands frais de fortifier certains villages et de bâtir des châteaux forts aux endroits stratégiques. La menace vient en particulier de leurs voisins, les Comtes de Ferrette, qui contrôlent tout le Sundgau ainsi que Cernay, Thann et Steinbach. Wattwiller est érigée en ville vers 1291 tandis que les châteaux du Hirtzenstein (1265) du Weckenberg (1291) et du Herrenfluh (1312) complètent le système défensif prévu.

Le fief est concédé pour services rendus à la famille noble des Wattwiller aux « trois losanges » (ou Wecken), désormais vassaux de Murbach .Prévôts puis baillis de père en fils, ils administrent la ville et y rendent la justice.
En 1344, Anne de Bollwiller, épouse du prévôt Rodolphe de Wattwiller, décéde. Son gisant est encore visible aujourd'hui dans la chapelle sépulcrale.

La seigneurie tire ses principales ressources de l'agriculture : les céréales et l'élevage dans la plaine, la vigne sur les collines. En échange des terres qu'ils exploitent, les paysans versent des redevances en argent et en nature.
Réserve de chasse seigneuriale, la forêt voisine est aussi un espace de cueillette, une réserve de bois pour construire et chauffer les maisons, cuire les aliments et approvisionner forges et verreries. Les eaux du Rechenbächel (ou Muhlenbach) actionnent les moulins installés sur son cours ; elles alimentent aussi l'établissement de bains ou «Badstube »situé dans la ville haute. Il est équipé de baignoires en bois et exploité par un maître-baigneur ou «Bader ».
Enrichis par le négoce, certains habitants obtiennent le droit de bourgeoisie et certaines libertés dès le milieu du XIVè siècle. Ces bourgeois (ou Burger) élisent 12 des leurs - dont le Burgermeister- pour les représenter au Magistrat et les défendre au besoin. Ils se réunissent, sous l'autorité du bailli à l ' Hôtel de Ville, voisin de l'Asile des pauvres. Au siècle suivant, ils peuvent tenir un marché hebdomadaire et deux foires annuelles, l'une à la Saint Jean, l'autre à la Saint Nicolas. La proximité de la voie commerciale qui longe les collines entre Thann et Rouffach profite aussi à l'économie locale. Avec près de 500 habitants, Wattwiller devient la seconde ville de la principauté après Guebwiller.

Si la petite communauté juive se retrouve chaque samedi à la synagogue et dispose d'une école pour ses enfants, la quasi-totalité des habitants fréquente l'église St Jean Baptiste. En effet, la paroisse dépend de l'évêché de Bâle. Le premier curé cité, Théodorius (1194-1207), est secondé par un vicaire. Un chapelain est affecté au service des Wattwiller. Omniprésente du berceau à la tombe, la religion chrétienne régit la vie des fidèles.
La recherche du salut les pousse parfois vers Thann pour y vénérer les reliques de St Thiebaut ou vers le sanctuaire marial de Thierenbach. Un modeste couvent de moniales détachées de l'abbaye d'Oelenberg s'est implanté vers 1273 puis a été réorganisé par les Dominicains de Guebwiller en 1366. Il faut soigner les âmes mais aussi soigner les corps : un petit hôpital est tenu par une communauté de femmes pieuses, les Béguines.

Bastion avancé de la principauté, la petite ville malgré ses murailles, n'est pas épargnée par la soldatesque qui déferle sur l'Alsace en cette fin de Moyen Age.
Mise à feu et à sang durant la guerre de Cent ans par des bandes de mercenaires incontrôlées - en 1293 puis en 1376 -, elle est occupée par une troupe de 1500 cavaliers durant tout l'hiver 1444 -1445. Les Ecorcheurs (surnom donné aux troupes du Dauphin, le futur Louis XI) auraient incendié l'église dont le clocher n'est reconstruit qu'en 1481 ; lorsque la population qui avait pu fuir revient, elle ne trouve que désolation, à tel point qu'elle est exemptée d'impôts plusieurs années durant. En 1468 , la ville ouvre ses portes à l'armée des Confédérés suisses, ennemis jurés des Autrichiens ; ces derniers, en représailles, la pillent et emprisonnent à Ensisheim nombre de bourgeois qu'ils libérent contre forte rançon. Enfin, le 5 septembre 1525, des milliers de paysans révoltés se pressent, menaçants, sous ses remparts ; la population se défend avec héroïsme sous les ordres du vaillant Sébastien de Wattwiller et résiste à trois assauts successifs ; finalement l'intervention de la garnison du Hirtzenstein par ses tirs de couleuvrines meurtriers provoque la panique dans les rangs des « gueux ». Tel un ménestrel, le maître d'école Léonard OTT, témoin et acteur du fait d'arme, l'immortalise par un chant de 50 strophes : « Honneur et gloire aussi aux vaillantes femmes de Wattwiller, jeunes et vieilles elles portèrent l'une à l'envi de l'autre des pierres sur la muraille et les remparts » !

Malgré la guerre des paysans et les querelles religieuses nées de la réforme protestante, l ‘Alsace connait une grande prospérité, durant tout le XVIè siècle.
Chef-lieu de bailliage, Wattwiller compte alors 138 feux soit 500 habitants environ.
Le livre des serments de la ville ou Stadtbuch témoigne des us et coutumes de l'époque ; y sont citées les familles Bader, Ermel, Giethlen, Munsch, Schwartzmann, Wohlgroth. La ville est divisée en quatre quartiers placés chacun sous l'autorité d'un chef ou Hauptmann. Murbach lui a cédé l'établissement des bains contre un cens annuel de 3 florins ; un éminent médecin badois vante déjà les effets bénéfiques de l'eau curative utilisée dans les deux bains de la station thermale. Le vignoble - plus de 100ha ! - fait vivre nombre d'aubergistes, de gourmets et de familles vigneronnes; le personnel dîmier des abbés de Murbach est installé à l'Amthof. Une petite mine de plomb argentifère est exploitée sous le Molkenrain dans le vallon de l'Erzgrübenthal ; l'abbaye peut disposer de ce précieux minerai pour battre monnaie. Pourtant l'an 1564 est à marquer d'une pierre noire : une épidémie de peste décime la population ; c'est dans ces tristes temps que s'éteint la famille noble des Wattwiller ; lui succéde celle des Hagenbach.

Née d'un conflit politique et religieux, la guerre de Trente ans (1618 - 1648) ravage une grande partie de l'Europe et en particulier l'Alsace qui perd la moitié de ses habitants. C'est durant la période suédoise de cette guerre, ou « Schwedenkrieg », que la seigneurie de Wattwiller subit un nombre extraordinaire de passages de troupes, d'invasions de compagnies, de régiments, voire d'armées entières. Ainsi, le 02 mars 1634, l'armée suédoise, plus disciplinée, bat les Impériaux sous les murs de la petite ville ; comme à leur habitude, les vainqueurs forcent et pillent la plupart des maisons, dont ils chassent les habitants ; ils ravagent également le vignoble. Privés de leur gagne-pain, affamés, détroussés dès qu'ils s'aventurent par les chemins, contraints de s'alimenter de soupes de vin, de racines, d'herbes sauvages ou de pain au gland , la plupart des Wattwillérois se réfugient en Suisse . Dès 1640 pourtant, ils reviennent peu à peu au pays pour y récupérer les terres laissées en friche ; sous l'autorité de Conrad Möser, leur prévôt, qui tient aussi auberge, la vie reprend son cours ; les portes de la ville et l'horloge de l'église sont réparées. Mais les Suédois occupent toujours la contrée et exigent pour leurs hommes de grandes quantités de vin ainsi que le cantonnement chez l'habitant. En 1652, les troupes du duc de Lorraine envahissent à leur tour l‘Alsace ; le dimanche 31 mars, elles s‘emparent de la ville et tuent plusieurs habitants ; le nouveau bailli, J.E de Gohr est capturé puis relâché contre rançon. Trente sept bourgeois sur cent vingt six ont survécu à la guerre, parmi eux Th .Bader, J.Ermel et M.Giethlen ; sur cent vingt six maisons, soixante trois sont encore debout mais souvent dépourvues d'écuries et de granges. Quant au vignoble, il faudra de nombreuses années pour le remettre en état.

Pour repeupler la ville où il reste à peine cent habitants, l'abbaye de Murbach encourage l'immigration : elle distribue des terres, des parcelles de vignes, et facilite l'acquisition du droit de bourgeoisie ; des familles suisses viennent s' y établir : les Hauptmann, les Reber... ; J. Koch est même curé de la paroisse entre 1663 et 1715. Mais en 1673, la guerre de Hollande voit des troupes brandebourgeoises puis françaises cantonner à nouveau dans la ville ; les soldats réquisitionnent le bétail, le vin et les grains ; ils emportent le peu de mobilier des habitants réduits à nouveau au désespoir. Finalement le 9 août 1680 le roi Louis XIV fait proclamer la réunion au royaume de France des grandes seigneuries alsaciennes encore étrangères dont celle de Murbach .Désormais, l'histoire de Wattwiller se confond avec l'histoire de France. La ville obtient de nouvelles armoiries en 1638 :
« D'argent à une aigle de sable, au chef d'azur chargé de deux fleurs de lys d'or »


Extrait de « Wattwiller Source de Vies » ouvrage disponible en mairie ou par correspondance.

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